Guide pour pratiquer une agriculture biologique

Algernon Labbé | Culture bio

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Depuis quelques décennies, on a pu constater un gain d’intérêt des investisseurs et des producteurs dans la filière biologique. Non seulement elle répond aux impératifs de l’économie verte, mais aussi à la demande des consommateurs qui veulent des produits de qualité. La production biologique est soumise à des réglementations, afin d’assurer cette qualité.

Qu’est-ce que la production et l’agriculture biologique ?

L’agriculture biologique en bref

L’agriculture biologique est un mode de production reposant sur le respect de l’environnement, du cycle naturel et du bien-être des animaux. Elle emploie des méthodes et techniques modernes qui doivent être respectueuses de la nature : engrais naturel, rotation de la culture, nourritures biologiques et médecine douce pour traiter les animaux. ..

Le label biologique reflète le mode de culture ou d’élevage, le processus de transformation et de distribution du produit. Il est règlementé par des normes spécifiques, afin de garantir la qualité naturelle du produit.

En bref, c’est une mode de production qui interdit l’utilisation des organismes génétiquement modifiés (OGM), ainsi que des substances chimiques de synthèse, des herbicides, insecticides et pesticides chimiques.

Une culture respectueuse de la biodiversité

L’agriculture biologique présente un grand avantage pour l’équilibre de l’écosystème, car elle coordonne la relation entre chaque élément de la biodiversité (êtres humains, plantes, sol, animaux et organismes microscopiques). Ces éléments sont interdépendants et ont chacun leur rôle à jouer afin d’assurer leur survie, mais aussi le cycle naturel.

La méthode de culture naturelle

Le principe de la culture biologique est de nourrir le sol pour nourrir les plantes. Toutes les étapes de la culture, depuis la préparation du sol jusqu’ à la récolte, en passant par l’entretien des plantes doivent suivre des règlements spécifiques. L’usage de produits chimiques de synthèse est interdit en culture biologique. Ces produits sont responsables de la destruction de la nappe phréatique, de la pollution de l’air et du sol. Si vous êtes un amoureux de la nature, découvrez aussi notre dossier sur l'essentiel de la lutte contre la pollution des voitures.

L’agriculture biologique va de pair avec la bonne gestion de l’eau et la rotation des cultures. En particulier, dans le but d’économiser l’eau douce qui va devenir une denrée rare. A l’aide d’une pompe à eau solaire ou à travers des gouttières, la récupération de l’eau de pluie est ainsi privilégiée pour l’arrosage des plantes. En plus, cette eau est très bonne pour la culture, car elle est présente une faible minéralisation et un Ph acide, des propriétés idéale pour le développement des plantes. Des mini stations d’épuration peuvent être utilisées pour en obtenir une meilleure qualité.

Le bien-être des animaux dans l'agriculture biologique

Dans l’élevage biologique, il est primordial de respecter le bien-être et le cycle de vie des animaux. Le mode de vie des animaux doit se rapprocher le plus du naturel : aucune cage, plus de liberté, accès à un abri bien aéré qui privilégie la lumière naturelle, une alimentation équilibrée issue de l’agriculture biologique... Ces mesures sont suivies pour éviter le stress et la maltraitance envers les animaux.

Pour les soins et traitements, l’élevage biologique doit privilégier la prévention naturelle et la vaccinaton. Il incombe à l’agriculteur de choisir une race rustique qui est plus résistante et s’adapte mieux à l’environnement. Une alimentation et un mode de vie biologique bien respectée leur assurent une meilleure défense naturelle.

En cas de maladies, l’agriculteur biologique doit privilégier la médecine douce : l’homéopathie, la phytothérapie …, mais les antibiotiques ne sont pas interdits à titre curatif.

Principe d’exploitation autonome et des cycles naturels

L’agriculture biologique encourage l’autonomie naturelle dans l’exploitation. La solution idéale pour augmenter la rentabilité est de combiner l’agriculture et l’élevage biologique, car ces deux activités sont complémentaires. La prise en charge des besoins naturels des animaux serait ainsi facilitée. L’alimentation des animaux est assurée par la culture biologique, tandis que les déjections issues de la ferme bio serviront à la composition du fumier pour fertiliser le sol.

Pour ne pas user la qualité du sol, l’agriculteur bio doit procéder à une rotation des cultures, afin de ne pas épuiser les minéraux nutritifs que contient la terre.

L’emploi des produits et stimulants pour augmenter la croissance et la fertilité des animaux est formellement interdit dans l’élevage biologique. La reproduction et la croissance des animaux doivent respecter le cycle naturel.

L’étape de la transformation des produits bio

Les produits issus de l’agriculture biologique peuvent être consommés instantanément après la récolte, comme les fruits frais et les légumes. Ces produits sont disponibles dans les supermarchés. Les consommateurs peuvent également se procurer ces produits directement chez l’agriculteur, comme dans le cas des paniers bio.

Certains produits peuvent passer par une étape de transformation. Cette dernière exige l’usage de matières premières bio uniquement. Les additifs, comme les colorants alimentaires, doivent être d’origine naturelle.

Les produits biologiques transformés portent sur leurs emballages le logo européen AB certifiant leur authenticité.

Techniques en agriculture biologique

Les règlementations

La qualité ainsi que l’authenticité du produit bio sont l’aboutissement d’un mode de production qui a respecté les règlements.

Cette règlementation concerne la production, la transformation et la distribution des aliments bio. Chaque étape est soumise à un contrôle effectué par un organisme certificateur indépendant. C’est à l’issu des résultats du contrôle que le producteur pourra ou non recevoir le certificat lui attestant la conformité de son produit au règlement biologique. Cette mesure a été imposée aux producteurs pour permettre la traçabilité du produit.

Les consommateurs peuvent ainsi être rassurés que le produit est conforme à l’exigence des principes biologiques : l’utilisation d’aucun OGM ni de produits chimiques de synthèse, le respect du bien-être des animaux, la pratique des méthodes biologiques…

La santé du sol

Afin d’éviter que l’appauvrissement du sol, la rotation de culture est conseillée. Il s’agit d’établir un cycle de culture en variant la semence. Par exemple, les cultures du blé, du seigle et des trèfles peuvent très bien se succéder sur le même champ. Cette méthode permet aussi d’éviter que chaque culture ne se transmette les mêmes maladies et parasites. Ainsi, la culture de la tomate ne doit pas être réalisée après la culture des concombres, des pommes de terre et des aubergines.

L’entretien du sol comprend une fertilisation « naturelle », c'est-à-dire l’emploi d’engrais vert qui consiste à insérer des plantes (luzerne, trèfle, phacelie à feuille de tanaisie… ) qui favorisent l’approvisionnement de la terre en matières organiques nutritifs, notamment de l’azote et de l’humus. Ces plantes constituent aussi une méthode de désherbage naturel. Les mauvaises herbes peuvent aussi être supprimées manuellement à l’aide d’outils, comme la sarcleuse ou la bineuse. On peut également avoir recours au compost pour fertiliser le sol dans le jardinage bio.

L’agriculture biologique participe à la préservation des vers de terre et des insectes qui collaborent dans la culture naturelle. Grâce à leurs déplacements, les vers de terre aèrent et aménagent le sol. La qualité de la terre est améliorée, car ces petites bêtes facilitent la décomposition du compost, la formation des matières organiques et de l’humus.

La présence des insectes pollinisateurs, comme les abeilles et les papillons est importante dans la production agricole. L’agriculture biologique est souvent associée à l’apiculture pour pouvoir bénéficier au maximum de ce pouvoir de pollinisation. Un agriculteur qui n’utilise pas de pesticide veille ainsi à la santé et au bien-être des abeilles qui sont particulièrement sensibles à la pollution générée par ces produits chimiques. Les coccinelles aussi sont très utiles pour se débarrasser des pucerons.

Utilité des haies

Pour protéger les agricultures et l’élevage des prédateurs, il est utile d’installer des haies autour des champs et des fermes biologiques. Les haies aussi protègent du vent et des intempéries.

Quelques conseils pratiques en agriculture biologique

Il est conseillé de protéger les arbres et les fruits contre les oiseaux et les insectes à l’aide de filets protecteurs. En effet, en réponse à l’interdiction de produits chimiques, les insectes risquent de perturber le développement des fruits et de nuire aux récoltes.

Les déchets ménagers biodégradables et les déjections des animaux de ferme entrent dans la composition des composts.

Pour enrichir la qualité du sol, l’utilisation d’algues séchées associées à des roches, comme le basalte et le granite réduit en poudre, est indiquée. Ce mélange procure des minéraux qui donnent de la résistance et de la force aux plantes.

Le temps nécessaire pour que le compost soit opérationnel est de 2 à 6 mois. Ce produit vient naturellement remplacer les engrais chimiques interdits dans l’agriculture biologique.

L’élevage biologique

Le principe de l’élevage biologique

L’élevage biologique a pour principe le respect de l’environnement et le cycle naturel. C’est le bien-être des animaux qui prime dans ce mode d’élevage, contrairement à l'élevage industriel. Leurs modes de vie doivent permettre à ces animaux de se développer et de s’épanouir naturellement. Aucun produit et conservateur artificiels, OMG ou produits chimiques ne doit enter dans leurs alimentations et leurs produits de soins.

Les règlementations qui définissent l’élevage et l'agriculture biologique

L’élevage biologique doit tenir compte de deux grands principes : le rapport avec le sol et le bien-être de l’animal.

La nourriture des animaux doit être adaptée à l’animal et issue d’une ferme biologique située dans la région ou les régions voisines. Les aliments bio doivent répondre aux normes établies par le cahier de charge de l’agriculture biologique : sans OGM ou engrais chimique de synthèse.

Les animaux doivent être mis dans des abris aérés et exposés à la lumière naturelle. Les cages sont interdites et les animaux ne doivent pas être attachés, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du bâtiment. Pour leur bien-être, la densité des animaux élevés dans un même habitat est limitée pour éviter le piétinement et le stress. Cette densité varie donc suivant la taille de l’habitation.

Pour éviter les maladies et autres nuisances, l’intérieur des poulaillers et des étables doit être maintenu propre et salubre. Pour la santé des animaux, la médecine douce et l’homéopathie doivent être privilégiées. Par mesure préventive, il est autorisé de faire vacciner les animaux. Il est également permis de castrer les animaux, mais sous diverses conditions et cela doit être réalisé à un âge approprié.

Le respect de ce bien-être exige de réduire au maximum la souffrance que peut subir l’animal depuis l’élevage jusqu’ à l’abattage, en passant par le transport. Il n’existe pas encore de méthode particulière pour abattre les animaux biologiques, mais de nombreux avantages sont offerts par exemple dans le choix d'un poulailler bio. Néanmoins, quelques critères ont été imposés. Il est donc conseillé de choisir les abattoirs les plus proches, la durée du transport se verra être réduite.

A noter que l’usage d’anesthésiants et de stimulations électriques pour faire monter et descendre les animaux des véhicules de transports est interdit.

Les labels de la viande bio

L’emballage des produits issus de l’élevage biologique, comme les œufs, les produits laitiers et les viandes doivent porter le logo européen AB. Ce dernier doit indiquer aux consommateurs la provenance, la qualité et le mode d’élevage appliqué.

En France, c’est le label Rouge qui certifie de la provenance et de la supériorité gustative d’une viande bio. Ce label impose un mode de vie décent et naturel pour les animaux. A titre d’exemple, l’alimentation du veau et de l’agneau doit être composée majoritairement de lait. Le sevrage doit être naturel et ne doit pas être fait d’une manière brusque.

Les avantages d'une agriculture biologique

L’agriculture bio présente de nombreux avantages, aussi bien pour les producteurs que les consommateurs. Outre les traitements avantageux en faveur des animaux, ce mode de production est favorable à la santé humaine, à la lutte pour la préservation de la biodiversité et de la planète.

La consommation des produits alimentaires biologiques est considérée comme un achat responsable pour l’environnement. Elle contribue à soutenir les agriculteurs et la filière du bio.

Les avantages écologiques

L’agriculture biologique protège la biodiversité. L’interdiction d’utiliser des pesticides et des engrais chimiques de synthèse permet de réduire la dégradation du sol et la pollution des nappes phréatiques. Ce mode de production préserve les espèces menacées, comme les abeilles de précieux alliés pour la protection de la biodiversité , et qui sont très sensibles à la pollution.

L’agriculture bio entre également dans le développement durable. Les méthodes telles que le recyclage des matières organiques et la rotation des cultures respectent le cycle naturel de l’environnement et permettent d’économiser les ressources.

Les avantages économiques

L’agriculture biologique est une filière en pleine expansion qui intéresse de plus en plus les producteurs, ainsi que les investisseurs. . Elle contribue à la création d’emplois avec des modes de production économes et efficaces : le sarclage, les récoltes manuels. La filière bio compte environ 26 000 producteurs en 2013 et il y a 60% d’employés de plus dans ce secteur, par rapport à l’agriculture conventionnelle.

La production bio est favorable à l’économie locale. Les agriculteurs peuvent augmenter leurs rendements grâce aux formations et aux échanges de savoir-faire entre agriculteurs et transformateurs. Des crédits bancaires et soutiens octroyés par l’association européenne sont aussi disponibles pour aider au démarrage ou à l’élargissement de la production. Ce soutien est valable pour une période de 5 ans.

L’agriculture biologique implique la gestion économe de l’eau. L’eau de pluie qui est très bonne pour la culture est privilégiée pour l’arrosage des plantes.

Les avantages sociaux

L’agriculture biologique assure une sécurité alimentaire saine. C’est une capacité à assurer les besoins alimentaires en qualité et en quantité. Les produits bio sont plus nourriciers, car les plantes puisent naturellement les éléments nutritifs du sol sans produits ni engrais chimiques de synthèse, qui selon certaines études fragilisent la santé humaine.

La consommation des aliments biologiques réduit le risque d’absorption des produits comme les pesticides, les résidus de médicaments, les OGM, les métaux lourds… Ces produits peuvent engendrer des troubles et des maladies alimentaires : développement des cellules cancéreuses, affaiblissement du système immunitaire, lésions de la thyroïde, baisse de fécondité …

Ils procurent aussi une meilleure sensation gustative, car ils sont plus goûteux et plus frais.

Comparaison entre agriculture biologique et agriculture conventionnelle

Les aliments, qu’ils soient issus de l’agriculture conventionnelle ou de l’agriculture biologique, sont disponibles et accessibles à tous les types de consommateurs.

Par rapport aux produits issus de l’agriculture conventionnelle, les aliments biologiques présentent une plus faible teneur en nitrate et sont plus sains. La fraicheur et le goût sont des qualités garanties par les produits biologiques. Afin d’arriver à cette finalité, la production biologique doit être procédée suivant des méthodes spécifiques.

Les différences liées à la production sont :

- La nécessité pour les agriculteurs d’être réunis au sein d’une association qui regroupe des agriculteurs déterminés et motivés avec l’agriculture biologique.

- La connaissance au préalable des règlements qui régissent l’agriculture biologique.

- L’existence d’un organe de contrôle qui va certifier la production et les produits.

- Le privilège accordé à la prévention face aux maladies qui peuvent affecter les plantes et les animaux.

La conversion vers une agriculture biologique

Suite aux sensibilisations sur les nombreux avantages du bio, cette manière de vivre séduit de plus en plus. La consommation des produits bio progresse tellement que certaines productions n’arrivent plus à suivre.

La tendance mondiale vers le bio

Grâce à la prise de conscience sur les bienfaits de manger et de vivre bio, la vente des produits issus de l’agriculture bio a connu une nette augmentation. En France, cette hausse est de 9% soit 4.35 milliards d’euros par année. Malgré cette hausse, le produit bio ne couvre que 2.5% de la consommation alimentaire globale. Aux États-Unis, la vente des produits biologiques a atteint une hausse de 5%, soit 24 milliards de dollars en 2009.

La culture biologique s’étend sur une surface de 34 millions d’hectares dans le monde et est répartie dans 154 pays. Seulement, 12% des terres agricoles biologiques se situent sur les territoires des pays regroupés au sein de la G7, alors qu’ils monopolisent 80% de la vente de ces produits biologiques sur le marché mondial.

Le contrôle de l’appellation biologique

De par le monde, on peut observer ce gain d’intérêt des consommateurs pour les produits bio. Des organismes ont été mis en place afin de mieux contrôler les productions biologiques. Les organismes de contrôle issus de différents pays dans le monde ont leurs propres procédures pour octroyer l’appellation biologique, que ce soit en Europe, aux Etats –unis ou dans les pays asiatiques.

Comment se convertir facilement au bio ?

Face à cette expansion de l’agriculture biologique et la croissance de la demande concernant les produits alimentaires bios, nombreux sont les agriculteurs qui souhaitent convertir leurs fermes en exploitations biologiques. Ce projet de conversion nécessite une préparation, un plan et une procédure propre.

Les étapes de la reconversion vers le bio sont :

- L’état des lieux où l’agriculteur situe sa ferme par rapport aux exigences des règlements biologiques. Pour faire l’évaluation de l’étendue des changements à effectuer, il faut faire appel à des techniciens ou des conseillers spécialisés dans l’agriculture bio.

- L’établissement d’un projet suivant les atouts et les faiblesses de la ferme. Cette est étape est aussi appelée étude de faisabilité.

- La notification où l’agriculteur prend déjà des engagements auprès de l’organisme de contrôle. Il est mis au courant quant aux règlementations de l’agriculture biologique.

- Le suivi, où l’agriculteur est informé de ses obligations et signé toutes les obligations administratives liées à la production biologique. Il pourra être accompagné et bénéficie de formations, d’un tutorat…

Les agriculteurs reconvertis ont droit à un soutien et à une aide financière, afin de réussir leurs conversions vers les produits bio. Le montant de cette aide varie de 50 à 900 euros par ha.

Procédures de certification d’une ferme biologique

Quand il s’agit de convaincre le consommateur, ainsi que les professionnels quant à la qualité d’une production bio, chaque produit doit être préalablement soumis à une vérification sur le terrain. Pour pouvoir accéder au marché européen, c’est l’Ecocert qui se charge de la certification de l’authenticité des produits bio en France. Les étapes de la certification sont :

- la demande de mise à jour

- la formalisation du contrat et de l’engagement

- la première évaluation

- La revue du dossier et la décision de certification

- Le contrôle des activités.